La pauvreté n’est pas une fatalité
Vivons-nous mieux à Juvignac qu’ailleurs ? Sommes-nous plus pauvres ou plus riches que nos voisins ? Qu’en est-il de notre commune comparativement à Grabels, Lavérune, Saint-Georges d’Orques ou encore Saint-Jean de Védas ? Nous avons cherché des repères officiels (source INSEE) sur notre commune tout en élargissant notre réflexion au plan national.
Quelques données sur la population à Juvignac
(2010-2021, années références de l’INSEE)
De ces 5 communes proches, Juvignac a eu la plus forte hausse de population entre 2010 (7466 hab.) et 2021 (12783 hab.) soit + 71 % en 11 ans. Elle a aussi la plus forte densité : 1180 habitants par km² en 2021, densité qui a dû encore augmenter avec les 590 logements d’Oxalys. Seule Saint-Jean de Védas a connu une augmentations de population analogue.
Les populations « jeunes et jeunes actifs » de moins de 44 ans sont en forte progression, les 45-74 ans sont en baisse, comme à Saint-Jean-de-Védas, alors que les 3 autres communes connaissent plutôt un vieillissement global de leur population. Les femmes (6848) sont plus nombreuses que les hommes (5935) en 2021, notamment les plus de 60 ans.
En 2021, seuls 54,9 % des logements des 12104 habitant.es de Juvignac sont habités par leurs propriétaires ; même % qu’à Grabels mais beaucoup plus faible que dans les 3 autres qui ont proportionnellement moins de locataires.
Côté revenus, 54 % des ménages paient des impôts en 2021 alors qu’à Lavérune, Saint-Georges d’Orques ou Saint-Jean de Védas cette proportion passe à 59 et 61 %.
Variation du nombre d’habitants et de demandeurs d’emploi à Juvignac (2010-2021)

Le taux de chômage à Juvignac est de 13,6 %, en forte augmentation comparativement aux autres communes. Enfin il y a 15 % de pauvres, comme à Grabels, taux plus faible dans les 3 autres villes.
Un individu est considéré comme pauvre lorsqu’il vit dans un ménage dont le niveau de vie est inférieur au seuil de pauvreté. En France et en Europe, le seuil est le plus souvent fixé à 60 % du niveau de vie médian. Notre CCAS enregistre depuis 4 ans une augmentation constante des personnes en difficulté financière.
Clairement la livraison des logements sociaux aux Constellations ou d’un habitat mixte dans le quartier de la nouvelle école Maurice Béjart a profondément changé notre commune, mais l’accroissement de la pauvreté n’y est pas seulement lié aux nouveaux logements, sociaux ou pas. Le malaise est bien plus général dans notre pays.
La pauvreté en France augmente

Devoir se priver, cela veut dire ne pas pouvoir chauffer son logement à la bonne température, renoncer à s’acheter des vêtements neufs, ne pas accéder à Internet ou éviter de se réunir avec des amis autour d’un verre ou d’un repas au moins une fois par mois (définition INSEE).
En effet en 2021, l’INSEE recensait en France 9,1 millions de pauvres (soit 14,5 % de sa population), vivant avec moins de 1 158 euros par mois. C’est 552 000 de plus qu’en 2020. Les chiffres officiels montrent une inflation passant de 1,6 % en 2021 à 5,2 % en 2022 et 4,9 % en 2023. Les pauvres sont donc plus nombreux, mais aussi de plus en plus pauvres comme montré dans l’édition 2024 du baromètre de la pauvreté et précarité qui pointe les difficultés d’accès à l’énergie, à la prévention et aux soins.
Suite à la flambée des prix alimentaires et énergétiques, les ménages – en particulier les plus modestes – ont revu leur consommation à la baisse choisissant des produits de moindre qualité, notamment dans l’alimentation, premier poste de dépenses. En guise de compensation, le gouvernement a dépensé, en 2021 et 2022, près de 30 Milliards d’euros dont seulement 5,1 Milliards ont concerné les plus défavorisés. Parallèlement les minima sociaux n’ont pas suivi le cours de l’inflation, plongeant ainsi 200 000 personnes sous le seuil de pauvreté en 2023.
Des politiques menées contre les chômeurs sans lutter contre le chômage
(Données parues dans Alternatives Économiques, mars 2024, n° 444)
Pour le gouvernement actuel, les chômeurs ou les allocataires du revenu de solidarité active (RSA) sont catalogués comme des « mauvais pauvres » suspectés de ne pas vouloir travailler. Ainsi la réforme de 2019-2021 a considérablement réduit l’accès à l’indemnisation des chômeurs par l’Unedic et fin 2022, la modification du calcul du salaire journalier de référence qui sert à fixer l’allocation a fait chuter l’indemnisation de 16 % en moyenne. Le résultat de cette réforme reste très mitigé puisqu’en octobre 2023, seuls 10 % à 15 % de répondants à l’enquête de l’Unedic ont reconnu qu’ils avaient accéléré leurs recherches sous l’effet de la sanction. En février 2023, la durée des indemnisations a été écourtée d’un quart et depuis le vote de la loi du 18 décembre 2023 sur le « plein-emploi », les bénéficiaires du RSA sont obligés de signer un contrat d’engagement avec France Travail (ex-Pôle emploi) et de réaliser 15 heures d’« activités » au moins par semaine. Le régime de sanctions associées va de la suspension à la suppression partielle ou totale de la prestation.
Il existe d’autres leviers pour éradiquer la pauvreté :
1 – UN REVENU DÉCENT POUR 23,8 MILLIARDS D’EUROS. La création d’un revenu minimum unique qui remplacerait l’ensemble des minima sociaux et dont le montant serait calqué sur le seuil de pauvreté à 60 % du niveau de vie médian demanderait 23,8 Milliards d’euros pour un montant du revenu minimum qui passerait alors à 1 160 euros par mois pour une personne seule. À comparer aux 27,7 Milliards d’euros que le gouvernement a dépensés en 2023 pour compenser la hausse des prix de l’énergie.
Mesures d’urgence du Nouveau Front Populaire :
- – augmenter les minima vieillesse et pension de retraite.
- – bloquer les prix des biens de première nécessité.
- – augmenter les salaires par le passage du SMIC à 1600€ net
- – Revaloriser les APL de 10 %
- Plus de précisions sur le site du NFP : https://www.nouveaufrontpopulaire.fr/programme
2 – UN LOGEMENT DÉCENT POUR TOUS. Pour parer à l’urgence en matière d’accès au logement, d’après Manuel Domergue, directeur des études de la Fondation Abbé Pierre, il faudrait investir un pourcentage d’effort public autour de 2 % du PIB, soit environ 10 Milliards d’euros par an dans le logement social.
3 – FAVORISER LE RETOUR AU TRAVAIL. Pour des personnes très éloignées de l’emploi, une solution serait de généraliser les territoires zéro chômeur de longue durée (TZCLD), un dispositif qui a fait ses preuves dans 60 territoires. Il permet à des entreprises d’insertion, à but non lucratif, de recruter en CDI des chômeurs de longue durée, au lieu de leur verser des aides sociales. Selon un rapport de l’Igas et de l’IGF, cela permettrait d’économiser 14 000 euros par personne, soit environ3,2 Milliards d’euros pour 295 000 chômeurs de longue durée. Or 100 Milliards d’euros ont été dépensés pour le CICE entre 2014 et 2019, ayant surtout profité aux entreprises, peu réduit le chômage et pas du tout la pauvreté.
4 – UN EFFORT COLLECTIF. Au total, supprimer la pauvreté coûterait 37 Milliards d’euros par an, soit 1,4 % du PIB c’est-à-dire de notre richesse collective. Pour mémoire, le coût des baisses d’impôts accordées par Emmanuel Macron depuis 2017 s’élève à 59,8 Milliards, selon la Cour des comptes.
Eradiquer la pauvreté en France n’est donc pas impossible, c’est la volonté politique qui a manqué jusqu’à présent.

